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L'harmonie

Science de la combinaison de plusieurs sons émis simultanément, le résultat de cette combinaison prenant le nom d'accord. En ce sens, certains théoriciens opposent l'harmonie, qui se lirait «verticalement» sur une page de musique, au contrepoint, science de la superposition de plusieurs mélodies, qui se lirait «horizontalement». L'harmonie apparut, dans la musique occidentale, au Moyen Âge, lorsque les compositeurs commencèrent à ajouter des parties contrapuntiques au plain-chant. Négligée jusqu'à la fin du XVe siècle, elle prit une place de plus en plus prépondérante, comme un ensemble de règles que tout compositeur se doit d'apprendre.

 L'harmonie classique

 À de rares exceptions près, la musique occidentale, au XVIIIe et au XIXe siècle, est foncièrement tonale, c'est-à-dire qu'elle prend pour base une note centrale, appelée tonique, autour de laquelle toutes les autres notes gravitent. Il faudra attendre la fin du XIXe siècle, et surtout le XXe siècle, pour voir certains compositeurs défier les lois de cette harmonie dite classique et explorer les méandres de l'atonalité et de la polytonalité.

 Intervalles et triades

 Selon les règles de l'harmonie classique sur lesquelles se fondèrent des compositeurs tels que Jean-Sébastien Bach, Ludwig van Beethoven, Georg Friedrich Haendel, Joseph Haydn et Wolfgang Amadeus Mozart pour écrire leur musique, certains intervalles (différence de hauteur entre deux sons) sont considérés comme consonants (les deux notes se fondent sans heurt pour l'oreille) et d'autres sont perçus comme dissonants (les deux notes s'entrechoquent, «frottent» l'une contre l'autre). Sont dits consonants les intervalles suivants : octaves (huitième note au dessus de la tonique), quintes (cinquième) et quartes (quatrième) justes, tierces (troisième) et sixtes (sixième) majeures et mineures. Les autres sont considérés comme dissonants. Au début, seules les quartes, les quintes et les octaves étaient considérés comme consonantes; plus tard, les tierces et les sixtes ont été ajoutées à cette catégorie, les compositeurs explorant encore de nombreuses combinaisons d'intervalles, ainsi que les différents moyens de les lier entre elles. La base de l'harmonie classique est une catégorie d'accords de trois notes appelés triades et formés de deux intervalles de tierces superposés. Dans l'exemple 1, la note inférieure s'appelle fondamentale, car toute la construction harmonique repose sur elle. Il existe quatre types de triades. Deux d'entre elles sont «consonantes» : l'accord parfait majeur (par exemple, do-mi-sol), dans lequel la tierce majeure (do-mi) et la quinte juste (do-sol) complètent la fondamentale, et l'accord parfait mineur (par exemple, do-mi bémol$-sol), dans lequel la tierce mineure (do-mi bémol$) et la quinte juste complètent la fondamentale. Les deux autres triades sont considérées comme «dissonantes» : la triade diminuée, ou accord de quinte diminuée (do-mi bémol$-sol bémol$), formée d'une tierce mineure et d'une quinte diminuée (do-sol bémol$) et la triade augmentée, ou accord de quinte augmentée (do-mi-sol dièse#), formée d'une tierce majeure et d'une quinte augmentée (do-sol dièse#).

 La tonalité

 Dans l'harmonie classique, la note considérée comme une tonique est le point de départ d'une succession d'autres notes, appelée gamme, la gamme pouvant être majeure ou mineure. Quand on dit d'un morceau qu'il est écrit dans la tonalité de do majeur, c'est qu'il a pour tonique la note Do et qu'il est structuré autour de la gamme de do majeur. La triade principale est, dans tous les cas, l'accord parfait de tonique (do, mi, sol par exemple), qui traditionnellement procure, à la fin d'un morceau, une impression d'apaisement. L'autre triade sur laquelle repose la construction harmonique, est l'accord de dominante (sol, si, ré, quand on est dans la tonalité de do majeur); essentiel également, l'accord de sous-dominante (fa, la, do, quand on est en do majeur), qui complète le principe de tonalité. En dehors des triades, les accords les plus importants sont les accords de septième (formés de quatre sons), que l'on divise, selon les traités, en cinq, six ou sept catégories. Il faut en retenir principalement cinq : - septième de dominante (sol étant la dominante dans la tonalité de do majeur) : sol, si, ré, fa; - septième sur sensible (si étant la note sensible dans la tonalité de do majeur) : si, ré, fa, la; - septième majeure : do, mi, sol, si; - septième mineure : do, mi bémol ,sol, si bémol; - septième diminuée : do, mi bémol, sol bémol, si double bémol.

 Progressions harmoniques

 La manière de progresser d'un accord à un autre, appelée progression harmonique, est à la source du mouvement intérieur d'un morceau de musique. Les progressions harmoniques incluent le départ de la tonique, les mouvements conduisant à la dominante, la résolution vers la tonique, ou la «fausse» résolution vers une autre harmonie. Une théorie des dissonances s'élabore alors progressivement, pour réglementer les «infractions» à la consonance : tout accord dissonant doit être immédiatement suivi de sa résolution, c'est-à-dire l'évolution vers l'accord consonant le plus proche. Ainsi, dans l'harmonie classique, la manière la plus traditionnelle de terminer un morceau est de placer, avant l'accord de tonique, un accord de septième de dominante, qui se résoud «naturellement» dans celui de tonique.

 S'affranchir de l'harmonie

 Au XIXe siècle, des compositeurs tels que Frédéric Chopin, Robert Schumann, Johannes Brahms ou Richard Wagner estimèrent que la rigidité des lois de l'harmonie classique faisait obstacle à l'expression des sentiments et décidèrent de transgresser certaines règles : préférence accordée aux accords dissonants par rapport aux accords parfaits, recours plus systématique aux chromatismes, notes dissonantes que ne suivent pas automatiquement - ou pas immédiatement - leur résolution, changements brutaux de tonalité, etc. Au XXe siècle, d'autres compositeurs, tels Arnold Schoenberg, Alban Berg et Anton Webern allèrent plus loin : abandonnant toute référence à l'harmonie classique, ils composèrent de la musique atonale.

 

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